Mon nom est Clara et j'avais quinze ans à cette époque là. J'étais une adolescente comme toutes les autres, peut être même trop comme les autres. J'avais souvent l'impression d'être invisible, la sensation même de ne pas exister. Dans ma famille, c'était la même chose. J'étais l'unique enfant de la famille et c'était pourtant comme si j'avais un petit frère ou une petite s½ur que l'on gâtait, tandis que moi je devais faire semblant d'être heureuse. Pourtant, en secret je rêvais d'avoir un petit frère ou une petite s½ur, histoire de me sentir moins seule et de me dire que je pouvais tout confier à quelqu'un sans la moindre crainte. J'étais une fille sans histoire, puisque j'étais seule tout le temps. Même un fantôme à mes côtés m'aurait fait plaisir. Mes parents étaient trop occupés pour penser à moi. Ma mère travaillait à l'hôpital, mon père voyageait pour différentes affaires. Autrement dit, on ne se voyait pas beaucoup. Heureusement, ma passion pour l'écriture était là pour me consoler un peu. J'avais l'impression que quelqu'un m'écoutait en silence. Que se fussent des poèmes ou des nouvelles, j'aimais relire ces lignes où je m'imaginais moins...ordinaire.
- Clara ! Tu pourrais sortir les poubelles s'il te plaît ? Demanda maman, sans doute en bas dans le salon à parler de travail avec papa...
Avais-je le choix ? Pas vraiment. Je fis donc ce qu'elle m'avait demandé, mais sans motivation. En sortant les poubelles et les mettant devant le portail, deux filles passaient. Je leur fit signe de salut. Au lieu de me renvoyer le même signe, elles me dévisagèrent comme si je ne leur paraissais pas humaine et se mirent à rire entre elles.
- Alors c'est elle la nouvelle ? On dirait une paysanne !
Et elles continuèrent leur route en riant. Moi je regardais les poubelles que je venais de sortir. Fâchée, je donnai un grand coup de pied dedans et les ordures se renversèrent. Il ne me restait plus qu'à tout ramasser... Je commençais donc à ramasser, non sans plainte, mais j'entendis une voix que je ne connaissais pas me dire :
- Tu as besoin d'aide ?
De toute évidence, il s'agissait d'un garçon. Je n'osais relever la tête pour voir à quoi il ressemblait car je craignais qu'il fasse comme les filles qui venaient de passer. Je fus donc bien obligée de lui répondre :
- Non, merci. C'est pas très agréable comme loisir mais ça ira...
En fait, j'avais du mal à supporter la puanteur des ordures. D'ailleurs, je commençais à en avoir mal à la tête. Je toussais un coup, éc½urée. Je sentis la silhouette du garçon s'agenouiller à mes côtés et commencer à fouiller les ordures qui traînaient par terre.
- C'est vrai que ça n'a pas l'air agréable. Fit-il en riant.
- Mais je ne t'ai pas demandé de m'aider ! Si c'est trop fort pour sa « majesté », elle peut s'en aller ! Répondis-je, sans y penser vraiment. Je voulais juste qu'il s'en aille.
J'eus peur qu'il ait mal pris ma réponse mais bizarrement le garçon ne répliqua pas. Pendant ce temps, je remarquais un bout de feuille dans le tas. Ma trop grande curiosité me poussa à le prendre et regarder ce que c'était. Je fus choquée de voir que c'était l'un de mes textes et je ne doutais même plus que c'était mon père le responsable. Il n'avait jamais accepté que j'écrive. Il disait que ce n'était pas un métier et que ça finirait par me faire oublier de me trouver un vrai job. N'importe quoi ! Enfin bon, j'étais un peu déçue. Je ne m'attendais pas à ce qu'il vienne fouiller dans ma chambre, en particulier dans les tiroirs de ma table de chevet où je rangeais tous mes carnets à textes. Je comprenais mieux pourquoi je ne lui parlais jamais.
- Qu'est-ce que c'est ?
Je sursautai. J'avais complètement oublié la présence du garçon. Lui aussi regardait la feuille que je tenais. Je préférais la cacher, toujours la tête baissée. Il ne fallait surtout pas qu'il voit mon visage, j'étais vraiment embarrassée dans mon ramassage d'ordure. Je ne voulais vraiment pas qu'il se moque de moi ... Ma seule excuse fut de dire qu'il s'agissait d'un vieux contrôle scolaire où la note n'était pas géniale. Je supposais qu'il m'avait crut car je l'entendis rire doucement.
- Au fait, c'est quoi ton prénom ? Me demanda-t-il.
D'un coup, je fus prise de panique. Je ne savais pas quoi lui répondre. Je n'avais alors qu'une seule solution pour m'en sortir : la fuite. Je décidai que tout fut remis correctement et que je dus finalement rentrer, ce que je fis précipitamment. Là, j'étais certaine qu'il pensait désormais que j'étais folle. Arrivée à la maison, papa me demanda ce que j'avais fait pour avoir pris autant de temps pour juste deux poubelles. Je ne lui répondis pas, malgré le fait que j'avais vu un de mes textes parmi les ordures. Arrivée dans ma chambre, je repensais au garçon, plus particulièrement à sa voix. Sur le moment je n'avais rien remarqué, mais en y repensant j'étais certaine de l'avoir déjà entendu quelque part. Cette idée me passa vite. Je partis finalement à la douche car je puais les ordures. Mais même sous la douche, je pensais à ce garçon, à son aide alors que je l'avais envoyé balader et je regrettais alors mes paroles. C'était la première personne qui m'avait adressé la parole sans insulte ou moquerie depuis que j'avais aménagé ici, dans ce petit village perdu entouré d'une petite forêt. J'aurai dut rester encore, savoir comment il s'appelait... Quel gâchis ! Un ange était passé, j'ai fermé les yeux à ce moment là, hélas...



